James Foley, décapité par l’Etat islamique... Et la réaction de sa Maman...



Il avait été enlevé en novembre 2012 en Syrie. Ce journaliste indépendant racontait les souffrances du peuple syrien. Il l’a payé de sa vie.

On croirait une parodie de revendication jihadiste à l’image particulièrement léchée: «l’ennemi» américain est à genoux, vêtu d’orange comme les prisonniers de Guantanamo, et le combattant islamiste, habillé tout en noir, le visage dissimulé, ponctue son discours anti-américain avec le couteau qu’il tient dans sa main gauche. Le décor? Un désert. Syrien ou irakien. Il doit faire très chaud, et pourtant ce film est glaçant, qui montre la mise à mort d’un homme courageux. James Foley avait 40 ans. C’était un de ces journalistes indépendants qui bravait tous les périls pour faire son travail sur les points les plus chauds du globe. Il avait couvert le conflit libyen et avait déjà été kidnappé en avril 2011, mais sa famille s’était battue pour obtenir sa libération après 44 jours de détention.
James Foley avait ensuite choisi de repartir en Syrie couvrir ce conflit passionnant et compliqué. Et aussi hautement périlleux: la Syrie est actuellement le pays le plus dangereux du monde pour les journalistes. Ces trois dernières années, 66 d’entre eux y ont perdu la vie. Après la mort à Homs sous un bombardement en février 2012 de la grande journaliste américaine Marie Colvin, les journaux occidentaux n’avaient plus osé envoyer leurs propres reporters sur ce terrain. Les free-lance avaient pris le relais. Mais, comme l’explique James Harkin, qui a enquêté sur l’enlèvement de James Foley et d’autres journalistes en Syrie, «ce ne sont pas juste les journalistes qui sont free-lance en Syrie, c’est aussi le cas des extrémistes armés. C’est ce qui rend ce conflit si différend, et si difficile à couvrir en tant que journaliste».
C’était le deuxième reportage de Foley en Syrie, et il travaillait, en indépendant, pour GlobalPost, un site américain d’informations internationales. Il centrait surtout ses reportages sur les souffrances des civils dans ce conflit.. Son dernier papier rendait compte de la frustration croissante de la population syrienne face à l’amateurisme de rebelles qu’elle avait d’abord soutenus avec enthousiasme.
James (Jim) Foley avait disparu le 22 novembre 2012 en Syrie. C’était au moment de la fête américaine de Thanksgiving. Alors qu’il remontait vers la frontière turque, il s’était rendu dans un internet café à Binnich, un village de la province d’Idlib, pour communiquer avec ses proches. Il avait été enlevé en compagnie d’un confrère quelques heures plus tard sur la route de Taftanaz, localité dans laquelle des rebelles syriens assiégaient une base militaire aérienne.
GlobalPost avait, à grands frais, demandé à une firme de sécurité privée, Kroll, d’enquêter sur l’enlèvement de Foley, et diverses informations laissaient croire qu’il avait été enlevé par une shabiba (groupe de miliciens au service du régimme Assad) et qu’il croupissait dans une des prisons du régime. «Mais nous avons ensuite eu de solides raisons de croire qu’il était retenu par des militants islamistes en Syrie, explique sur le site de GlobalPost son CEO Philip Balboni. Nous avons gardé cette information secrète à la demande de sa famille et en suivant le conseil des autorités qui comme nous tentaient de protéger Jim».
En réalité, il y a des shabibas dans tous les camps: et certains groupes qui se disaient fidèles au régime Assad ont rallié les rangs de la rébellion, d’autres se sont affiliés à l’Etat islamique, et beaucoup d’autres se sont mis à leur compte, s’enrichissant avec des rançons payées pour des otages occidentaux. Mais aucune rançon n’avait été demandée pour James Foley.
Pourquoi?
S’agissait-il de faire un exemple? Le concept même de journalisme indépendant heurte profondément les jihadistes de toutes origines qui ont afflué dans le nord de l’Irak ces derniers mois. Selon James Harkin, dont l’enquête a été publiée dans le Vanity Fair de mai dernier, la journaliste italienne Susan Dabbous, qui a été kidnappée pendant 11 jours par un groupe affilié à l’Etat islamique, a vu ses ravisseurs effacer une à une toutes ses images. «Ils lui ont dit: On va te couper les mains, comme ça tu ne pourras plus écrire». Avoir en plus un passeport américain, comme Foley, c’était être doublement hostile. Surtout depuis que les Etats-Unis ont commencé à bombarder les positions de l’Etat islamique en Irak.
Tel est en en tous cas le message que les assassins de Foley ont voulu faire passer dans la vidéo mise en ligne ce mardi. Sous la contrainte, Foley y déclare: «Je demande à mes amis, mas famille et ceux que j’aime de s’en prendre à mes vrais assassins, le gouvernement des Etats-Unis». Il s’adresse ensuite à son frère: «John, membre de l’armée de l’air américaine: réfléchis à ce que tu fais, réfléchis aux vies que tu détruis, dont celles de ta propre famille! Je te demande, John: réfléchis à ceux qui ont décidé de bombarder l’Irak récemment et de tuer ces gens, quels qu’ils soient. Je suis mort, John, le jour où tes collègues ont largué leurs bombes sur ces gens».
L’homme en noir qui va lui couper la gorge déclare alors, dans un anglais à l’accent britannique: «Aujourd’hui, votre force aérienne militaire a attaqué nos positions en Irak. Vos frappes ont causé des pertes parmi les musulmans. Vous ne combattez plus une insurrection: nous sommes une armée islamique et un Etat qui a été accepté par un grand nombre de musulmans dans le monde. Donc toute tentative de toi, Obama, de dénier le droit aux musulmans de vivre en sécurité sous leur califat aura pour conséquence un bain de sang de ton peuple».

Menaçant, il empoigne ensuite un autre homme blanc, Steven Sotloff par le col: «La vie de ce citoyen américain, Obama, dépend de ta prochaine décision». Stloff travaille comme indépendant pour Time et d’autres publications américaines, il avait été kidnappé début août 2013 près d’Alep.

Sur la page Facebook «Free James Foley», Diane Foley, sa mère, a écrit ces mots, simples et poignants: «Nous n’avons jamais été aussi fiers de notre fils Jim. il a donné sa vie pour expliquer au monde les souffrances du peuple syrien. Nous implorons les kidnappeurs d’épargner les vies des autres otages. Comme Jim, Ils sont innocents. ils n’ont aucun contrôle sur la politique du gouvernement américain en Irak, en Syrie ou dans aucun autre endroit au monde. Nous remercions Jim pour toute la joie qu’il nous a donnée. Il a été un extraordinaire fils, frère, journaliste et être humain».


(VÉRONIQUE KIESEL in Le Soir 17h Mercredi 20 août 2014)

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