Ménie GREGOIRE : la dame de coeur, une militante des droits des Femmes... Respect !
L’animatrice d’«Allô, Ménie» dans les années 70 est décédée à l’âge de 95 ans. «La dame de cœur», comme on la surnommait, était aussi une fervente militante des droits des femmes.
«La» pionnière de la libre antenne dans les années 70. Voilà ce qu’on retiendra de Ménie Grégoire, célèbre animatrice de RTL France, décédée dans la nuit du vendredi 15 au samedi 16 août à l’âge de 95 ans. Ce nom ne «sonne» peut-être pas aux oreilles des moins de vingt ans, mais Marie Laurentin de son vrai nom fut une institution pour tous les Français à l’époque. À partir de 1967, celle qu’on surnomma «La dame de cœur» pour son ouverture d’esprit et sa générosité à l’antenne, avait en quelque sorte instauré la première forme de libre antenne. Avec «Allo, Ménie», elle recueillait les confidences des auditeurs autour de thèmes touchy comme le divorce, l’éducation des enfants ou encore l’homosexualité. Certains gardent encore en mémoire cette fameuse émission de mars 1971, enregistrée en direct depuis la salle Pleyel à Paris. Ce jour-là, Ménie Grégoire avait décidé d’évoquer le thème de l’homosexualité en réunissant autour de la table des spécialistes, prêtres et psychanalystes. En plein débat, voilà qu’un groupe de défenseurs de la communauté homosexuelle débarque poings levés en entendant bien faire stopper l’émission, jugée trop homophobe.
Choquante. C’était un des mots utilisés à l’époque par les détracteurs de Ménie Grégoire. Et il y en avait! L’intéressée se décrira plutôt comme une militante des droits de la femme. Issue d’un milieu bourgeois et plutôt conservateur (son frère n’est autre que l’abbé Laurentin, connu pour ses récits sur l’apparition de la Vierge), Ménie Grégoire a surtout réussi à décomplexer certains a priori de l’époque. On pense à son émission Responsabilité sexuelle, dans laquelle Ménie Grégoire évoquait des problèmes de sexualité. C’était tout simplement la première fois qu’on parlait publiquement de la virginité, la «panne sexuelle» ou encore de l’incontinence. Avec sa façon simple et directe de briser les tabous, Ménie Grégoire avait œuvré pour l’émancipation féminine. N’oublions pas le contexte de l’époque: l’après-mai 68! En quinze ans d’émissions sur les ondes de RTL, celle qui avait elle-même suivi une psychanalyse pendant dix ans avait reçu dans son émission des centaines de milliers d’auditeurs. Sa carrière sur les ondes de RTL terminée, Ménie Grégoire avait opéré un bref passage sur le petit écran, notamment en animant Avec le temps sur France 3. Si elle avait durant longtemps collaboré à des titres de presse écrite (Marie-Claire et France-Soir notamment), c’est surtout pour ses romans qu’elle avait réuni un autre public que celui des ondes hertziennes. Diplômée d’études supérieures de lettres et de l’institut d’art et d’archéologie de Paris, Ménie Grégoire a publié durant sa vie une vingtaine de livres, dont une partie autour du militantisme féminin. En 2007, elle sortait Comme une lame de fond, qui compilait quelques-uns des 100.000 textes qu’elle avait reçus par les auditeurs durant ses quinze ans d’émissions. Ces dernières semaines, cette maman de trois filles passait l’été dans une maison de famille en Touraine. Elle avait été transférée voici à peine quelques jours dans une maison de retraite médicalisée. Une grande voix s’éteint.
GERY BRUSSELMANS (In Le Soir – 18 08 2014)

