"Plus jamais ça!" : le présent à la lumière du passé...
Commémorations, hommages, appels à la conscience: le monde
entier – ou presque – était à Liège, hier, pour se souvenir d’août 1914.
Et pour
relancer: «Plus jamais ça!»
Rarement
les chefs d’État et les orateurs font preuve d’une telle unanimité lorsqu’ils
se retrouvent à une tribune internationale. Seulement lorsqu’ils évoquent des
souvenirs douloureux et les efforts consentis pour surmonter les traumatismes
d’une guerre.
Hommage, donc, aux soldats belges et
à leur extraordinaire résistance, de la part d’Elio Di Rupo.
Dénonciation du nationalisme qui
aveugle les cœurs et les esprits, par le président Joachim Gauck. «Ni les normes culturelles et de civilisation, ni les croyances
religieuses, ni la raison n’avaient été assez fortes pour donner une autre
orientation à la conscience», a
regretté le chef de l’État allemand dans ce mea culpa national.
Le roi Philippe aussi a rappelé «qu’aucune paix ne peut être durable sans un état d’esprit qui
surpasse la souffrance endurée, qui dépasse la question de la culpabilité».
Quant au président Hollande, il a
insisté sur la responsabilité collective des dirigeants actuels qui ne peuvent
se contenter d’être «des gardiens de la paix, des
évocateurs du souvenir».
Rappeler, encore et toujours. Se
souvenir de la violence d’un conflit armé, des pertes humaines et des
privations. Informer, sensibiliser et mettre en garde les jeunes générations
pour que la guerre soit, à tout jamais «hors-la-loi», comme l’espérait Aristide Briand à la sortie de la Première Guerre.
Mais
cela suffit-il? Le «devoir de mémoire», comme on aime l’évoquer aujourd’hui,
permet-il de ne pas reproduire les erreurs du passé? Pas si l’on en juge par le
nombre de guerres qui ont suivi l’armistice de 1918. Et celles qui ont toujours
cours aujourd’hui… Alors, commémorer, certes. Mais seulement si cet effort de
mémoire s’accompagne d’une volonté d’agir sur les racines de la barbarie et ne
se limite pas à une incantation facile et culpabilisante. Le devoir de mémoire,
sans doute. Mais seulement s’il y a une véritable pédagogie de la connaissance
historique et une réflexion en profondeur sur la fragilité de la coexistence
entre les peuples. Sans quoi, toutes les exhortations comme «Plus jamais ça»
resteront vaines et inopérantes au cours des siècles futurs, d'après l'édito Philippe Martin.

