L'Abbé Pierre inspire les "Vendanges solidaires" : les SDF cultivent les raisins de la dignité...
Joseph, 70 ans, et l’enthousiasme
d’un junior pour les métiers de la vigne. De la pré-taille jusqu'à la mise en
bouteille, les SDF se familiarisent avec toutes les tâches du métier.
À Baixas, une dizaine de sans
domicile fixe en rupture avec le monde du travail retrouve une certaine joie de
vivre en s'occupant de A à Z d'une parcelle de vigne.
Au bout du chemin, perdu dans
la campagne de Baixas, une vigne magnifique, vertueuse, abondante... "Il y
a de quoi être fier", s'exclame Henri Schmitt, membre de l'association
Solidarité 66, en contemplant la dizaine de travailleurs qui, depuis avril,
bichonne cette terre avec le souci du travail bien fait. La plupart sont des
laissés pour compte, sans domicile fixe, repris de justice, déçus de la vie…
Mais vendredi, dans la moiteur d'une matinée suspendue, tous relevaient le
menton, signe d'une dignité retrouvée. "Je viens de Paris, j'ai vécu un
divorce difficile, confie Luis, 48 ans. Il y a un mois et demi, je me suis dit
:"Le premier train qui passe en partance de Marseille ou Perpignan, je le
prends." Et j'ai entendu parler des "Vendanges
solidaires"."
Quèsaco ? Une opération unique
en son genre en France, inspirée par l'humanisme de la Fondation Abbé-Pierre
("Aide-moi à t'aider"). L'idée : mettre gracieusement une parcelle de
vigne à disposition de marginaux qui, de la pré-taille jusqu'à la mise en bouteille*,
se familiarisent avec toutes les tâches du métier. Uniquement du jus de raisin,
lutte contre l'alcoolisme oblige. "Ici, malgré un lourd passé, tout le
monde est à égalité. Ce qui est motivant, c'est qu'il n'y a pas d'assistanat.
Ceux qui viennent savent pourquoi ils travaillent, ils se sentent valorisés.
C'est la première année que nous faisons ça mais, l'an prochain, j'aimerais
développer cette chaîne de solidarité à plus grande échelle", témoigne le
viticulteur-arboriculteur-bienfaiteur, Denis Basserie.
Non content
d'"offrir" 65 ares de macabeu blanc, il fournit également l'ensemble
du matériel et, ce qui ne gâche rien, cultive bonne humeur et exigence. Les
vendangeurs de fortune ont la reconnaissance du ventre. Ainsi de Lakhdar (41
ans), originaire de Lille : "Je suis arrivé dans la région par hasard il y
a une semaine. Si on me propose un boulot à la sortie, je fonce. Par les temps
qui courent, il n'y a pas de sous-métier." L'espoir est là, sauf qu'il y
aura peu d'élus. Rien de plus normal, selon Henri Schmitt : "On ne peut
pas se réinsérer d'un coup quand on a vécu quinze ans en rupture de la société.
Avec les “Vendanges solidaires”, nous les préparons à l'insertion en les
formant au travail agricole." Et si l'essentiel était ailleurs ? Joseph,
70 ans, victime d'une septicémie il y a quatre ans, témoigne de la douleur de
la solitude. "Ici, je me ressource. Je rencontre du monde, je retrouve ma
dignité." Mission réussie pour ces vendanges du cœur.
*Les bouteilles produites
seront prochainement mises à la vente au bénéfice de l'association “Solidarité
66”, présidée par Laurent Cavailhès.
(VINCENT COUTURE)


