Les musulmans belges face au djihadistes ... : " Pas en mon nom, pas au nom de l'islam qui est le mien !"
Deux mots-clés résument la situation. Il y a, d’une part, le hashtag « Not In My Name », lancé au Royaume-Uni. "Pas en mon nom, pas au nom de l’islam qui est le mien." Et puis, hier, le site d’information français « Rue 89 », exaspéré qu’on somme sans cesse les musulmans de se justifier, lance la formule « On n’a pas demandé »… (...)
Force est de constater que depuis quelques mois, on attend de « nos » musulmans qu’ils réagissent face aux agissements de barbares qui n’ont d’islamique que le nom qu’ils se sont attribué… Alors que les Anglais se manifestent sur les réseaux sociaux et que les Français se rassembleront ce vendredi devant la grande mosquée de Paris, les Belges semblent discrets…
Nous avons rencontré plusieurs membres de l’association EmBeM, « Empowering Belgian Muslims », collectif de citoyens et citoyennes engagés pour une meilleure inclusion sociale. Autant d’hommes que de femmes, des sensibilités politiques différentes, des Flamands, des Bruxellois et des Wallons, des personnes d’origine turque et marocaine, des convertis, tous impliqués dans plusieurs associations. Alors, pourquoi se taisent-ils ?
Parce qu’on ne les entend pas
« Je peux comprendre cette demande de la société », commence Hajib El Hajjaji, vice-président du Collectif contre l’islamophobie en Belgique, créé ce 21 septembre dernier. « Mais il y a eu des prises de position ! Les musulmans sont évidemment scandalisés à double titre : en tant que citoyens et en tant que musulmans quand ils entendent que ces personnes se revendiquent de leur religion. » Mais ces prises de positions sont peu relayées par les médias, peu entendues par les politiques, estime-t-il. En août dernier, suite à une attaque de Bart De Wever, le nouveau président de l’Exécutif des Musulmans de Belgique avait diffusé une position commune avec les leaders catholique et juif de Belgique. Le collectif EMBEM a aussi tenté de prendre la parole via un communiqué resté lettre morte jusqu’ici (voire notre hors-texte ci-contre). « Nous avons l’impression qu’il y a un tel courant dominant qui veut que deux camps s’affrontent – les Occidentaux et les musulmans – que dès qu’on sort des cadres, on ne nous entend pas. »
Parce qu’ils en ont marre de se justifier
Taoufik Amzile, président de l’Association Belge des Professionnels Musulmans, enchaîne : « Il y a aussi une certaine lassitude dans le chef de la communauté, qui est constamment sollicitée : il ne se passe pas une année sans qu’on doive se justifier pour une actualité. Les Finlandais et les Portugais partagent une identité européenne, mais on reconnaît qu’ils sont très différents. Un musulman belge et un musulman syrien peuvent avoir quelques liens, mais leurs quotidiens sont tellement différents ! Il faut arrêter de plaquer les fantasmes et les peurs qu’on a pour le reste du monde sur toute la communauté musulmane ! » Et les membres de EMBEM de refuser les amalgames, et toute responsabilité morale d’un problème sur lequel ils n’ont aucune prise. Fatima Zibouh, la présidente de EmBeM, va même plus loin : « il faut questionner le regard des citoyens sur la communauté. Se poser la question de notre silence, c’est déjà présupposer qu’il signifie une quelconque solidarité avec les musulmans de là-bas. Alors que nous sommes des Belges, aussi choqués que n’importe qui par ce qui se passe ! ».
Parce qu’ils n’ont pas un porte-parole
Fatima reconnaît cependant qu’« il y a un problème de leadership dans la communauté musulmane ». L’Exécutif des Musulmans de Belgique, peu visible, n’est censé gérer que le temporel du culte, à savoir les aspects matériels et financiers qui permettent de pratiquer la religion. Noureddine Smaili, nouveau président de l’EMB qui s’était vu contraint de prendre position en août, n’a donc pas dans ses attributions de se prononcer sur ces problèmes de société. Une foule d’associations de jeunes musulmans actifs et engagés diffusent leurs messages : Muslims Rights Belgium, Vigilance Musulmane, EmbeM, la Ligue des musulmans de Belgique, etc. Un paysage parfois complexe, qui, en réalité, reflète les innombrables nuances d’une communauté qui assume pleinement sa multiplicité. Pour les membres d’EmBeM, on devrait se féliciter que de simples citoyens, sans « mandat » officiel, fassent des propositions et prennent la parole. Pour certains, il faut donc faire le deuil d’une représentativité unique de la communauté musulmane belge…
Parce qu’on se trompe de débat
La plupart des jeunes associations musulmanes partagent un même objectif : lutter contre l’islamophobie et les discriminations.
Pour Taoufik Amzile, « il ne faut pas se tromper d’ennemi : le véritable ennemi est ici et il est structurel. C’est le regard que porte la société sur les musulmans, les discriminations en termes d’emploi, d’éducation. Il n’est pas normal qu’un jeune se dise qu’il n’a pas d’avenir ici et préfère partir mourir là-bas. C’est facile de mettre à disposition des F-16, mais que va-t-on faire là-bas qu’on n’a pas réussi ici ? On court après nos propres échecs ! » Les musulmans que nous avons rencontrés sont clairement désireux d’être considérés comme des partenaires de débat et de changement. Mais qu’on les implique pour (re)construire le vivre-ensemble ici, plutôt que de les interpeller pour commenter ce qu’il se passe là-bas.


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