Stromae : et s'il venait créer avec nous la magie du prochain "NOEL solidaire" ? Comment il gère le succès ? (Le Soir 17h00). Des Photos du NOEL sur www.voeuxpourladignite.be, avec Jali, BJ Scott, Kava Kava...

Stromae est donc le roi des hit-parade. Mais à quel prix ? Épuisé, le maestro, sur les rotules ! Ainsi, alors qu’il se lance dans une longue et importante tournée américaine destinée à faire succomber le public anglo-saxon, il a confié au magazine britannique Complex  : «  Je pense que le succès du deuxième album a été si important que je vais prendre du temps pour retrouver une vie normale, être normal. Je vais donc peut-être faire un break de deux ou trois ou même quatre ans avant d’en faire un autre (…) Je comprends qu’on puisse devenir complètement fou en raison du succès. Ce n’est pas si extraordinaire de réagir de cette façon  ».

Fin 2013, le chanteur avouait déjà aux Inrocks et ailleurs qu’il se sentait «  fatigué  », «  déglingué  ». L’annonce est donc à prendre au sérieux.
Nombre de pop stars se sont déjà brûlé les ailes sur les affres du succès. Pour ces Britney Spears, Eminem, Robbie Williams ou, dans le pire des cas, Kurt Cobain, combien de Madonna ou de Kanye West sont capables de gérer les sollicitations et la folie ambiante qui les entoure ?
À la fin de 2014, Stromae aura fait plus de 130 concerts à travers l’Europe et l’Amérique du nord, la plupart dans des salles gigantesques. En plus de la promo et de ses autres activités (sa boîte de production, sa marque de vêtements…), l’annonce d’un break s’apparente à une décision assez logique pour un artiste qui, depuis ses débuts, construit sa carrière de façon à ce qu’elle s’inscrive dans la durée. Justement, comment fonctionne Stromae ? Qui s’occupe sa carrière ? De quelle manière a-t-il jusqu’ici géré le succès ?

1. Travailleur indépendant

Bien qu’il bénéficie de la force de frappe de la major Universal, Stromae est un travailleur indépendant. Il a créé sa société Mosaert pour développer ses projets et signé un contrat de licence avec Universal dont le rôle se limite à la promotion et à la distribution des disques. Il est donc son propre chef et a tendance, comme il l’avoue lui-même, «  à tout contrôler  ». De la composition à la production, de la pochette aux clips vidéo, de la scénographie des concerts à son style vestimentaire. Ses collaborateurs ? Des proches. Son frère est directeur artistique et son manager, Dimitri Borrey, est un de ses plus anciens amis. À côté, une petite équipe d’Universal le conseille, mais c’est bien lui qui a le dernier mot.
Le succès énorme de Racine Carrée a cependant fait comprendre à Stromae qu’il ne pouvait tout gérer à lui seul. Alors en pleine tournée française, il confiait ainsi en avril aux Inrocks  : «  C’est impressionnant de voir autant de gens travailler autour de mon projet. Je suis surpris de voir combien je peux me reposer sur eux. Avant, j’avais tendance à tout contrôler. Maintenant, j’apprends à lâcher prise  ».

2. Prévoyant

En 2010, le succès international d’Alors on danse est tellement énorme qu’il prend tout le monde de court. Tout le monde, sauf Stromae. Tête froide, tranquille : «  Le morceau était déjà cinq semaines Nº1 en Belgique quand les maisons de disques ont commencé à s’y intéresser. Sans prétention, le côté tubesque, on s’y attendait parce qu’on avait vu les réactions auprès des francophones en Belgique, et on a vu que ça suivait le même chemin en France. C’était un petit peu prévisible  ».
Prévoyant, Stromae. Mais comment gérer la suite d’un tube aussi énorme, le devoir de faire aussi bien ? C’est là que les conseils des proches et des professionnels peuvent s’avérer importants. Stromae en 2010 : «  Les gens te disent de rester exactement dans la même chose, c’est très bien  ». Du coup, après Alors on danse, Stromae s’est enfermé chez lui pour composer la suite et continuer à développer son projet pour ne pas être le chanteur d’un seul tube.

3. Étape par étape

Si le succès d’Alors on danse a été foudroyant, comme une anomalie, celui de la marque Stromae a été en réalité bien plus progressive. Le premier album, Cheese, s’est certes vendu à grande échelle pour un artiste belge (200 000 exemplaires), mais en comparaison aux ventes du single, c’était peanuts.
Plutôt que de forcer les choses dans l’immédiat, Stromae a préféré viser le long terme, se focalisant sur les concerts plutôt que les succès de clubs. Et puis, à son aise, seul, a composé le deuxième album. On connaît la suite. Mais cette fois-ci, le maestro n’a pas tout de suite pris conscience de l’ampleur du phénomène. «  Vendre plus de disques que Daft Punk en France, je peux te dire que je ne m’y attendais pas, vraiment pas !  », avouait-il en décembre 2013.
Le succès de Stromae est vertigineux en Belgique et en France, mais aussi en Europe. Il terminera l’année en se produisant dans des salles de 10 000 places en Italie, en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas, jusqu’en Russie. Mais il y a un marché qu’il n’a pas encore atteint, c’est le marché anglo-saxon, réputé imperméable pour un chanteur non-anglophone. Or, avec ses 2,5 millions d’exemplaires vendus, Stromae sait que c’est le moment ou jamais pour percer aux États-Unis. Il va donc tout donner cet automne : tournée, presse, passages télé, Stromae goes America, malgré la fatigue, malgré le burn out qui guette, et ça passe ou ça casse.
Et après ? Il le prévoyait déjà dans nos colonnes en novembre dernier : «  Le danger est de croire que demain tu peux tout faire. C’est ce qui me fait peur. Le tourbillon est tellement gigantesque que je sens que j’aurai besoin de bien disparaître… Je crois que ça me fera du bien et que ça fera aussi du bien à certaines personnes que je la ferme un peu. Ça fera du bien à tout le monde… Pour mieux revenir après, j’espère  ». 
(DIDIER ZACHARIE  Vendredi 5 septembre 2014 in Le SOIR 17h00)

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