"Tout autre Chose" vu de France...
"L'alternance est en marche", a déclaré Nicolas Sarkozy au soir du second tour des élections départementales. La droite espère bien profiter de l'affaiblissement du PS pour l'emporter en 2017. Mais pour Loé Lagrange, porte-parole de Nouvelle Donne, droite et gauche ont mené tour à tour des politiques qui ont fait la preuve de leur inefficacité. Il est temps de tenter autre chose. Les élections départementales se sont déroulées sans surprise : la droite remporte la majorité des départements, la gauche et en particulier le Parti socialiste subissent une nette défaite, le Front national obtient de très bons scores même si le mode de scrutin ne lui permet de prendre la direction d’aucun conseil départemental.
Des politiques qui ont fait la preuve de leur inefficacité
Les leçons à tirer de ces élections sont claires. Depuis 2007, les crises perdurent et se multiplient : financière, économique, écologique, sociale, démocratique, et nos représentants ne parviennent pas à conjurer le sort, à faire remonter la pente à notre pays, à l’Europe, aux citoyens toujours plus nombreux qui sombrent dans la précarité et perdent leur dignité.
Les politiques mises en œuvre par les gouvernements successifs ont fait leurs preuves : la preuve de leur inefficacité. Et les électeurs ont raison de vouloir essayer autre chose, essayer ce qu’on n’a jamais essayé. C’est le plus sain des réflexes.
Et c’est là que la responsabilité des partis politiques intervient : il est de notre devoir de proposer aux citoyens "Tout autre chose" [1]. Mais pas n’importe quel "tout autre chose", un "tout autre chose" qui porte la cohésion sociale, la justice, la solidarité, l’égalité, la liberté, la démocratie ; pas celui des extrêmes qui divise, oppose, discrimine, stigmatise, ne connaît pas l’éthique, fait fi de la préservation de notre environnement, et par conséquent de l’avenir de l’humanité.
Mais comment convaincre, redonner confiance, alors que tous les mots – crise, milliards, lutte contre le changement climatique, logement social, démocratie, inversion de la courbe du chômage… – sonnent creux, comme si nous avions tout tenté ?
Notre boussole doit être la justice sociale
Nous devons redonner de la voix au récit humaniste. Un récit au cœur duquel se trouvent la lutte contre les injustices, le multiculturalisme, l’universalisme, le projet européen tel que l’avaient rêvé les pères fondateurs. Un récit dans lequel l’immigration n’est pas la cause de tous nos maux mais bien une richesse qu’il faut savoir révéler.
Chaque jour, plus de citoyens perdent leur emploi, tombent dans la précarité. Nos conditions de vie se dégradent à vue d’œil. Les populations vulnérables sont toujours les premières victimes des crises, et doivent par conséquent être l’objet d’une vigilance accrue de la part des pouvoirs publics.
Les femmes, les personnes âgées, les personnes vivant en milieu rural, les handicapés, les immigrés, les personnes vivant déjà dans la précarité… L’État ne peut pas laisser sur le côté des catégories entières de la population, l’État a la responsabilité de la dignité de chacun d’entre nous.
Certains considèrent le vivre mieux séparément du vivre ensemble, quand ils ne les opposent pas. Je ne veux pas d’une société qui améliore le sort de certains pendant que leurs voisins perdent leur dignité. Notre boussole doit être la justice sociale, l’égalité n’est pas une option. Or des solutions concrètes, innovantes et audacieuses, qui permettent précisément de vivre mieux et ensemble, il en existe !
Ne pas délaisser la culture et l’éducation
Les fiscalités française et européenne doivent être revues ; la vieille dette publique doit être refinancée ; un revenu de base doit être étudié ; les transitions énergétique et écologique doivent être financées, massivement et immédiatement.
Surtout, la culture et l’éducation ne doivent plus être délaissées, bien au contraire, c’est sur elles que nous devons tout miser : la tolérance, la solidarité, le respect, la liberté, en d’autres termes les valeurs qui fondent une société harmonieuse et humaniste, passent nécessairement par l’égalité qui ne peut prendre forme que si nous faisons de la culture et de l’éducation nos priorités.
Les coupes budgétaires auxquelles le gouvernement soumet Radio France, dernier bastion d’un service public de la culture, sont à cet égard inadmissibles et contre productives !
Parmi ces populations vulnérables, qui prennent les crises de plein fouet, se trouvent les jeunes. La génération Y. Ces grands oubliés de notre société sont les premières victimes du chômage, quand François Hollande disait vouloir en faire la priorité de son quinquennat...
Ainsi que les femmes. Premières victimes de la crise ? En Grèce, elles sont bien les plus touchées. En Allemagne, également, elles sont en première ligne. Plus généralement, les violations des droits fondamentaux résultant des politiques d’austérité sont avérées. Allons-nous laisser faire ? Le pouvons-nous ?
Faire revenir les citoyens vers la politique
Les politiques alternent et se ressemblent, les dirigeants de droite comme de gauche trahissent leurs promesses, trompant avec une constance déconcertante les électeurs… Dans ce contexte, pas étonnant que les citoyens désertent le champ politique, que l’abstention se maintienne à des niveaux indécents pour un pays qui se dit être une démocratie.
Je suis convaincue de la nécessité de faire participer les citoyens, tous les citoyens, sans discrimination. Les partis politiques doivent intégrer les citoyens qui n’ont pas le temps, pas les moyens, ou pensent ne pas avoir les compétences pour participer activement. Nous devons aller à leur rencontre, les convaincre, et surtout faire de la politique autrement, avec d’autres rythmes, des moyens de communication variés permettant une participation à distance, en ouvrant les instances à tous plutôt qu’en perpétuant un système de cooptation…
Pour que ce projet soit pérenne, il faut qu’il nous ressemble, il doit refléter la réalité de la société, et nous devons rassembler bien au-delà des partis. Nous devons intégrer, sur un pied d’égalité, les associations, les mouvements citoyens, les syndicats, les entreprises…
Les élans sont là : les mobilisations autour du barrage de Sivens, des grands projets inutiles comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la grève prolongée à Radio France, les revendications des chercheurs… Ils ne demandent qu’à être agrégés.
L'alternative plutôt que l'alternance
Comme Éric Piolle, maire de Grenoble élu sur la liste du Rassemblement citoyen, je suis convaincue que les cartels politiques ne fonctionnent pas, que les citoyens attendent autre chose : une dynamique cohérente, qui donne la primauté à la construction d’un projet commun. Les Chantiers d’espoir, dont la première réunion se tiendra samedi 11 avril, en sont peut-être une étape.
Pour Nicolas Sarkozy, l’alternance est en marche. À nous, citoyens, de prouver qu’en lieu et place d’alternance, il y aura une alternative. Notre alternative !
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Tout autre chose est un mouvement citoyen belge opposé aux politiques d’austérité et cherchant à proposer tout autre chose sur différents sujets. Né fin 2014 suite aux grèves générales en Belgique, il prend de l’ampleur depuis. Sa dernière action récente est une Grande Parade qui a réuni 20.000 personnes à Bruxelles.
(Source : Le plus Nouvel Obs - Édité par Sébastien Billard - Loé Lagrange (Nouvelle Donne) - 09 04 2015)
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