Calais : sur le départ, le commissaire adjoint revient sur la crise des migrants (La Voix du Nord) - Dignité humaine !?


Numéro 2 du commissariat de Calais, Michel Soistier a mené de nombreuses opérations de police.

Évacuations de squats, rixes entre migrants, manifestations « pro » ou « anti » immigration : en deux ans et quatre mois de présence à Calais, le commissaire-adjoint Michel Soistier a piloté une centaine d’opérations de police. À l’heure du départ pour Paris, le numéro 2 du commissariat nous livre sa vision des choses.

Comment avez-vous vécu ces deux années à Calais ?
« J’ai vraiment tenté d’appréhender la problématique migratoire avec tout le respect de la dignité humaine. Ces personnes sont animées par la force du désespoir, dans leur combat farouche pour la liberté et ça, je l’ai toujours respecté. Mon rôle était de faire respecter l’ordre public. »
Combien d’opérations avez-vous menées ?
« Une centaine, dont une trentaine de démantèlements de squats, mais aussi beaucoup de maintien de l’ordre lors des rixes et des manifestations. »
Quelle opération vous a le plus marqué ?
« Le démantèlement du camp de la rue de Moscou (*), qui a été une opération atypique et extraordinaire par le volume : plus de 600 migrants ont été déplacés en une seule journée. »
À la tête de combien de policiers étiez-vous ?
« En tant que numéro 2 du commissariat, je gérais les 220 policiers du commissariat ainsi que les 500 fonctionnaires déployés pour renforcer la sécurité. C’est une sacrée charge de travail. Toute la difficulté consiste à assurer l’ordre public tout en respectant la dignité de ces personnes. »
Justement, des associations ont dénoncé des cas de violences policières, images à l’appui...
« De manière générale, la police est une machine qui respecte la dignité humaine, même s’il y a des exceptions comme dans tout système. »
En mai, une vidéo accablante dénonçait des violences policières sur les migrants.
Comment la situation a-t-elle évolué selon vous ces deux dernières années ?
« Quand je suis arrivé, il y avait quelques centaines de migrants à Calais. Le problème était assez raisonnable, avec pas mal de squats certes, mais pas cette dimension médiatique d'aujourd’hui. Maintenant, nous sommes passés à plusieurs milliers de migrants, avec la création de la lande et du centre Jules-Ferry. La pression a considérablement augmenté. »
Que pensez-vous des groupes qui se sont créés depuis 2013, comme Sauvons Calais, Les Calaisiens en colère ou Calais, ouverture et humanité ?
« À mon sens, la plupart de ces groupes ne représentent pas l’opinion publique. Ce sont des activistes. Les Calaisiens en colère, par exemple, recherchent la sphère médiatique. Pour moi, le seul moyen de se faire entendre, c’est d’être élu, nommé et approuvé par tout le monde. Quant à nous, nous sommes là pour assurer une mission de paix publique en toute impartialité. »
(*) Le 2 juillet 2014, plus de 600 migrants étaient interpellés dans Calais, notamment sur le campement de la rue de Moscou. La plupart ont été libérés. L’opération avait pour but de libérer tous les squats du centre-ville.

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